Une expérience américaine : Les perles du Tennessee de John Latendresse
Les perles du Tennessee
John Latendresse, ou l'obstination
Il a voulu prouver que les moules d'eau douce américaines pouvaient donner des perles de culture. Il lui a fallu sept ans, une greffe rapportée du lac Biwa par sa femme, et l'aide de perliculteurs japonais que la pollution mettait à la ruine.
John Latendresse est l'un des héros de l'aventure perlière : un visionnaire, et l'homme qui a fait naître une perliculture d'eau douce en Amérique du Nord.
La première ferme, et une complicité
Il ouvre sa première ferme en 1963, dans le Tennessee, grâce à la complicité de son épouse Chessy, d'origine japonaise. L'intuition est simple et personne n'y croit : les moules d'eau douce américaines devraient pouvoir produire des perles de culture.
Les premières greffes se font par implantation d'un noyau, comme en mer. Peu de moules y survivent. L'échec dure des années.
Sur les espèces concernées, voir les mollusques producteurs de perles.
Ce que Chessy rapporte du lac Biwa
C'est après un voyage de Chessy au lac Biwa, au Japon, que la greffe change de nature : on n'implante plus de noyau, mais uniquement un morceau de greffon de tissu du manteau. La mortalité chute — elle reste pourtant supérieure à 50 %.
À force de recherche, le succès arrive au début des années 1970. La technique retenue consiste à implanter les greffons dans le manteau d'une seule valve. C'est cette perle sans noyau, entièrement de nacre, qui fera la réputation du Tennessee. Voir les perles d'eau douce.
D'une ferme isolée à une filière
Ouverture de la première ferme
Greffe par implantation de noyau : la mortalité des moules interdit toute exploitation régulière.
Le greffon du manteau
De retour du lac Biwa, Chessy rapporte la méthode japonaise du greffon de tissu. La mortalité recule sans disparaître.
La technique est au point
Implantation des greffons dans le manteau d'une seule valve. Le procédé devient reproductible.
Les Japonais du lac Biwa
Au bord de la ruine à cause de la pollution du lac, des perliculteurs japonais s'associent à John Latendresse pour perfectionner le rendement de sa ferme.
Le grand succès
Miyoshi Nakojima, greffeur du lac Biwa, est l'artisan du succès de la compagnie : plus de dix mille moules sont greffées cette année-là, et leur mortalité considérablement réduite.
Une activité normale
La compagnie s'étend, la concurrence apparaît, la culture de perles d'eau douce en Amérique du Nord prend l'allure d'une activité ordinaire. Des perles à noyau, de formes variées, sont également créées.
La mort du fondateur
Elle provoque un changement de cap : aujourd'hui, sa fille Gina dirige l'American Pearl Company avec sa sœur Renée. Le commerce des perles y prédomine, l'activité fermière ayant été cédée.
En poids, la perliculture d'eau douce chinoise représente désormais 90 % de l'activité perlière mondiale. En valeur, on en est à 10 %.L'échelle qui relativise toute l'aventure américaine
Ce que la Chine a changé
Les expériences japonaises et américaines paraissent bien modestes rapportées à ce qui se pratique en Chine. L'écart entre les deux chiffres — 90 % du poids, 10 % de la valeur — dit tout : la Chine produit énormément, et l'essentiel de cette production est de qualité courante.
C'est aussi ce qui rend le tri décisif. Une perle d'eau douce chinoise d'exception existe ; elle est simplement noyée dans un volume considérable. Voir les avantages de la perle d'eau douce de Chine et le meilleur et le pire de la perle d'eau douce.
L'atelier du monde est aussi devenu la ferme perlière de la planète.
Questions sur les perles du Tennessee
Qui était John Latendresse ?
Le fondateur de la perliculture d'eau douce nord-américaine. Il ouvre sa première ferme dans le Tennessee en 1963 et met sept ans à trouver une greffe viable. Sa compagnie, l'American Pearl Company, est aujourd'hui dirigée par ses filles Gina et Renée.
Pourquoi les premières greffes échouaient-elles ?
Parce qu'elles reprenaient la méthode marine : l'implantation d'un noyau. Les moules d'eau douce n'y survivaient pas. La solution est venue du lac Biwa — greffer un simple morceau de tissu du manteau, sans noyau. La perle obtenue est alors entièrement de nacre.
Produit-on encore des perles dans le Tennessee ?
L'activité fermière a été cédée après la mort du fondateur en 2000 ; l'American Pearl Company s'est recentrée sur le commerce. La production mondiale d'eau douce est aujourd'hui très majoritairement chinoise.
Une perle sans noyau est-elle meilleure ?
Elle a un avantage structurel : étant en nacre de part en part, elle ne peut pas avoir une couche de nacre trop mince, défaut principal des perles nucléées bon marché. Pour le reste, ce sont les cinq critères qui tranchent — voir la qualité d'une perle.