Pesée de perles de culture à la balance dans une ferme perlière japonaise, photographie ancienne

Récit · Mémoire de la perle

Un feu allumé devant la Chambre de commerce de Kobé, il y a bientôt un siècle, pour défendre un mot. Et, chez nous, une lampe rasante, un plateau, et des milliers de perles qu'il faut avoir le courage de refuser.


Pourquoi Mikimoto a-t-il brûlé des perles en 1932 ?

En 1932, Kokichi Mikimoto a fait brûler publiquement, devant la Chambre de commerce de Kobé, un lot de perles de culture qu'il jugeait de qualité insuffisante ; les récits japonais parlent de 720 000 perles. Le geste n'était pas une opération de vente : il visait à défendre la définition d'un mot. Onze ans plus tôt, un tribunal parisien avait reconnu que la perle de culture était bien une perle. Mikimoto craignait que ce mot, une fois gagné, ne soit vidé de son sens par l'arrivée massive de perles médiocres. En détruisant une partie de sa propre production, il fixait une frontière : être une vraie perle ne suffit pas, encore faut-il être une bonne perle. C'est exactement la question que pose, aujourd'hui encore, chaque lot qui arrive sur notre plateau de tri, et c'est elle qui décide de ce qui sera monté sur un collier et de ce qui repartira chez le fournisseur.

Le feu de Kobé, pour un mot

Je n'ai jamais vu de photographie de cette scène. Ce qu'on en sait vient des négociants présents ce jour-là et de quelques journalistes étrangers installés à Kobé. Des paniers entiers apportés, vidés, jetés au feu devant tout le monde.

Il faut se souvenir d'où venait cet homme. Trente ans plus tôt, l'idée d'élever une perle passait pour une lubie. Mikimoto obtient sa première perle de culture en 1893, dans la baie d'Ago, et il lui faudra encore des années pour obtenir des perles rondes en quantité. Pendant tout ce temps, il n'a pas eu que des amis : la perle fine, celle qu'on pêchait au Golfe et à Ceylan, faisait vivre un commerce entier, et personne n'avait envie qu'un Japonais vienne expliquer qu'on pouvait la faire naître à la demande.

La bataille s'est terminée devant un tribunal, à Paris, en 1921 : la perle de culture est une perle. C'est la même décision qui a ruiné, en une décennie, l'un des plus grands négociants français de l'époque, dont je vous ai raconté l'histoire dans Léonard Rosenthal, le roi de la perle que la France a oublié.

Onze ans après avoir gagné le mot, Mikimoto brûlait des perles pour rappeler que « vraie » ne voulait pas dire « bonne ». Toute l'histoire moderne de la perle de culture tient dans cet écart.

Comment reconnaît-on une perle qui a de la nacre ?

Un lot arrive de Kobé ou de Papeete. On le vide sur un plateau, on allume une lampe rasante, et on regarde le reflet.

Quand une perle a de la nacre, le reflet paraît venir de dessous, un peu comme un caillou vu au fond d'un verre d'eau. Il y a de la profondeur, la lumière traverse les couches avant de revenir. Quand la nacre est trop mince, le reflet reste posé à la surface : c'est plat, c'est net, et on dirait du plastique. Cela se voit en deux ou trois secondes, même pour un œil peu exercé. Le problème, c'est qu'il y en a des milliers.

Ce que l'on regarde ensuite porte des noms précis, et ce sont ceux de la norme GIA : le lustre, l'épaisseur de nacre, la surface, la forme, la couleur, et pour un rang, l'accord des perles entre elles. Nous avons détaillé ces critères dans notre guide de la qualité de la perle.

Le tri, en cinq gestes

  1. La lampe rasante. Le reflet vient de dessous, ou il reste posé dessus. C'est le premier partage, et c'est le plus brutal : une perle sans nacre ne se rattrape pas.
  2. Le plateau, perle par perle. On roule les perles sous le doigt pour voir toute la surface. Une trace unique se tolère si elle disparaît au nouage ; un chapelet de piqûres, non.
  3. Le calibre. Les perles sont mesurées, demi-millimètre par demi-millimètre. Sur un rang, un écart mal maîtrisé se voit sans instrument, à un mètre.
  4. L'accord du rang. Des perles peuvent être bonnes une par une et faire un mauvais collier : la couleur et le lustre doivent se répondre du fermoir au milieu du rang.
  5. Le refus. Ce qui ne passe pas repart chez le fournisseur. Certaines semaines, ce qui repart pèse plus lourd que ce que nous gardons.

C'est ce travail que décrit, année après année, notre page nos achats de perles : des déplacements au Japon et en Polynésie, et beaucoup de lots ouverts pour peu de lots retenus.

Que devient une perle refusée ?

Elle ne disparaît pas. C'est la partie de l'histoire que l'on raconte rarement.

Le fournisseur n'aime pas un retour, même s'il en a l'habitude. Et je n'en suis pas ravi non plus, parce que ces perles seront achetées par quelqu'un d'autre, à Hong Kong ou ailleurs, et qu'elles finiront dans un collier. Elles seront « vraies », puisque ce sont des perles de culture. Elles seront vendues comme telles. Et une cliente, quelque part, croira avoir fait une affaire.

Voilà pourquoi le prix d'un rang varie autant d'une enseigne à l'autre pour un diamètre annoncé identique. Nous l'expliquons dans notre page sur la valeur des perles : le diamètre se lit sur une étiquette, la nacre se paie à l'achat.

Chez Gemperles, on ne brûle rien. On renvoie. C'est moins spectaculaire, c'est plus économique, et c'est un peu frustrant.

Ce que vous voyez dans un collier Gemperles

Quand vous regardez l'un de nos colliers, vous ne voyez que les perles qui sont restées. Celles que nous avons refusées, personne ne les verra jamais, alors que c'est là que nous avons passé le plus de temps.

Sur un rang classique d'Akoya du Japon, cela donne le collier Kyoto, en 6 / 6,5 mm, noué main sur soie. Un cran au-dessus, le collier Dewa est monté avec des perles de grade Gemme, celles qui obtiennent la certification Hanadama du laboratoire de Tokyo, c'est-à-dire le sommet de la production japonaise. Et pour les perles de Tahiti, le collier Moana garde les couleurs naturelles du lagon, sans traitement.

Chacun part avec son certificat d'authenticité, établi par un gemmologue diplômé du GIA, et se retrouve dans nos rayons de bijoux en perles Akoya et de bijoux en perles de Tahiti.

Une conclusion

Je ne sais pas si j'aurais eu le courage de Mikimoto. Je crois que j'aurais compté les perles avant de les jeter au feu.

Questions fréquentes

Mikimoto a-t-il vraiment brûlé 720 000 perles ?

C'est le chiffre que rapportent les récits japonais de l'épisode de Kobé, en 1932. Aucune photographie connue n'en atteste, et les sources divergent sur la nature exacte du lot, la version majoritaire étant celle de perles de qualité insuffisante. Ce qui est établi, c'est le geste : une destruction publique, organisée, destinée à défendre la valeur du mot « perle ».

Une perle de culture est-elle une vraie perle ?

Oui. C'est précisément ce qu'a reconnu le tribunal de Paris en 1921. Une perle de culture est formée de nacre déposée par l'huître, exactement comme une perle fine ; la différence tient à l'intervention humaine qui déclenche le processus. Tous les bijoux Gemperles en perles sont des perles de culture, et c'est ainsi qu'ils sont désignés.

Comment reconnaître une perle à la nacre épaisse ?

Placez la perle sous une lumière rasante et regardez le reflet. S'il semble venir de l'intérieur de la perle, avec de la profondeur, la nacre est là. S'il reste posé en surface, plat et légèrement laiteux, la couche est trop mince. C'est le premier test que Gemperles applique à chaque lot, avant tout autre critère.

Pourquoi deux colliers de perles de même diamètre n'ont-ils pas le même prix ?

Parce que le diamètre est le seul critère facile à annoncer. Le lustre, l'épaisseur de nacre, la propreté de la surface et l'accord des perles d'un même rang ne figurent sur aucune étiquette, et ce sont eux qui font la différence de prix, et de tenue dans le temps.

Que fait Gemperles des perles qu'elle refuse ?

Elles repartent chez le fournisseur. Gemperles ne les monte pas et ne les revend pas. Selon les lots, ce qui repart représente une part importante de la marchandise reçue, et c'est ce refus, invisible pour le client, qui détermine ce qu'il trouvera ensuite sur nos colliers.