Les mollusques des perles

Types de perles de culture

Les mollusques, hôtes des perles

Les perles, quelle soit naturelles ou de culture, sont toutes formées à l'intérieur d'un mollusque. Un certain nombre d'espèces de mollusques peuvent produire des perles. Mais seulement peu d'entre elles (qu'elles soient d'eau douce ou d'eau salée,) sont utilisées dans la production de perles de culture. Le tableau ci-dessous vous permet d'identifier les principales variétés de mollusques utilisés :

Grade EAU DOUCE
AKOYA TAHITI AUSTRALIE
Mollusque H. cumingi, ... P. fucata P. margaritifera P. maxima
Localisation Japon, Chine, US Japon, Chine Polynésie fra., Iles Cook, ... Australie, Indon., Philipp.
Âge 1ère nucléation 6 à 7 mois

2 à 3 ans

2,5 à 3 ans 2 ans
Taille 1ère nucléation 5 à 6cm 5 à 13cm 7 à 13cm 12 à 17cm
Nb nucléus utilisés 40 à 50 1 à 5 1 1
Croissance perles 2 à 6 ans 8 à 24 mois 22 à 26 mois 18 à 24 mois
Taille de la perle 4 à 11mm 10 à 15mm 8 à 14mm 10 à 15mm
% perles sphériques 2% 70 à 80% 40% 10 à 30%

Hyriopsis cumingi

Hyriopsis cumingi

Perles d'eau douce

Cette moule est localisée en Chine. Avec la Cristaria plicata, elles produisent aujourd'hui la grande majorité des perles d'eau douce chinoises.

Les cultures nord-américaines se servent de la Megalonaias nervosa. Bien que plusieurs espèces de la famille des unionidés aient été essayées, les productions actuelles donnent la priorité à l'utilisation de la Megalonaias nervosa.

Autres mollusques d'eau douce : Cristaria plicata. Cette moule vit dans les rivières et les lacs de Chine, du Vietnam, Japon et Corée. Elle a été à l'origine du large volume de perles d'eau douce chinoises produites dans les années 70 et 80.

Pinctada fucata ou radiata

Perles Akoya

Elle est communément nommée huître Akoya. On la trouve au sein des eaux côtières du Japon, de Chine, d'Australie et de Nouvelle Guinée. Bien connue depuis longtemps, elle a été l'espèce originellement utilisée au Japon lors des premières productions de perles de culture destinées à la revente.

Il existe plus de cent noms pour désigner ce mollusque qui fit la gloire du Golfe Arabique pendant des millénaires. C'est en effet l'« huître » perlière par excellence, la pintadine radiée, celle que les Arabes appellent « Mohar », les pêcheurs de la mer Rouge « Bil-Bil » et les Perses « Lingah ». Les premières classifications la désignaient comme Pinctada vulgaris, tant elle était commune.

À notre sens, il s'agit de la même espèce que l'on trouve dans le Golfe, en mer Rouge, le long des côtes d'Afrique de l'Ouest, sur les côtes indiennes et de Sri Lanka. C'est aussi la principale huître perlière du Japon, dans une adaptation locale connue sous le nom de Pinctada fucata. Les Japonais l'appellent « Akoya ». Elle a traversé l'Atlantique pour coloniser les côtes du Venezuela, de Panama et de Colombie. Cette adaptation locale porte alors le nom de Pinctada imbricata.

On doit à la Pinctada radiata l'essentiel des perles qui ont bâti la légende de cette gemme. Les peuples riverains du Golfe Arabique ont vécu durant des millénaires de la pêche de ce mollusque pour les perles. La seconde naissance de la perle, au XVIe siècle, doit aussi être attribuée à l'exploitation des bancs d'huîtres perlières du Venezuela trouvés par Christophe Colomb lors de son troisième voyage en 1498. La pintadine radiée est une espèce qui a pu s'adapter aussi bien à des mers chaudes, par exemple dans le Golfe, qu'à des mers tempérées, comme au Japon. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il s'agit d'un animal résistant, au contraire. Ces mollusques sont des animaux filtrants, qui traitent des quantités considérables d'eau. Bactéries, algues toxiques et bien sûr produits polluants les désignent comme les premières victimes en cas de catastrophes écologiques.

Dimension des perles de pincatada radiata

Les perles de Pinctada radiata ont une dimension moyenne de 6 mm à 8 mm. Une taille supérieure à 10 mm est rare-et il est exceptionnel de trouver une perle de 15 mm. La taille n'est pas une question d'âge ou de durée de formation. Il est erroné de croire qu'une perle grandit indéfiniment. On a vu en effet qu'un mollusque, par des mouvements viscéraux, tente d'évacuer sa perle. Il est donc peu probable qu'une huître encombrée d'une perle dans sa première année la fasse grossir jusqu'au bout de sa vie, qui est de l'ordre de dix à vingt ans.

Les collections du Qatar contiennent une Pinctada radiata qui mesure 35 mm de long et qui a probablement un âge de deux ans. Elle porte une perle de 5 mm, soit presque 15% de la longueur de la coquille. Cette perle a été soudée sur le bord d'une valve lors de sa lente éjection. À ce rythme, la perle aurait pu devenir énorme au bout de quelques années, peut-être même tuer son hôte si elle n'avait pas été évacuée. La perle est un accident qui peut se produire à tous les âges, et elle constitue une gêne que l'animal n'apprécie pas. Une perle commence sa formation à n'importe quel moment de la vie d'une huître, mais elle ne l'accompagne pas nécessairement pour tout le reste de son existence.

Couleur des perles de pinctada radiata

Les perles de Pinctada radiata sont de couleur blanche à crème généralement. Les Japonais apprécient énormément les spécimens aux tons légèrement rosés. Trop jaunâtres, elles perdent de leur valeur. C'est à elles qu'on doit le nom de perles orientales, en raison des gisements du Golfe Arabique et de Ceylan.

Une perle d'un bel orient

L'expression « une perle d'un bel orient » désigne un ensemble de qualités qui rend la perle unique : une couleur, un éclat et des effets iridescents provoqués par les interférences de la lumière au travers des plaquettes d'aragonite des couches les plus externes de la perle.

Pinctada margaritifera

Perles de Tahiti

On l'appelle aussi l'huître aux lèvres noires. Cette espèce se complait dans les eaux chaudes du pacific sud et plus spécialement la Polynésie française. C'est en Polynésie que sont produites les perles de Tahiti. Généralement, elles sont de couleur noire et grise.

Pinctada margaritifera et sa pêche

Grande pinctadine à lèvre noire

La pintadine à lèvre noire (Pinctada margaritifera) est une huître de grande dimension, aussi spectaculaire que la Pinctada maxima. Sa taille moyenne est de l'ordre de quinze à vingt centimètres, mais des spécimens sauvages ont dépassé les trente centimètres. Il s'agit de la célèbre huître aux lèvres noires qui produit les fameuses perles noires dites de Tahiti.

Pourtant, cet animal ne vit pas spécialement à Tahiti mais plutôt dans les archipels des Tuamotu et des Gambier en Polynésie française. On la trouve aussi à Hawaï, dans le Golfe Arabique, et le long de certaines côtes de l'océan Indien. En fait, il est très probable qu'il s'agit là d'une évolution locale de la Pinctada maxima.

Nacre noire

La caractéristique de cette huître est la production d'une nacre noire. Les perles, que construit le tissu mantellaire de cette huître, varient du blanc au noir, avec de nombreuses teintes qui vont du bleu à la couleur aubergine, les blanches n'étant pas rares non plus.

Histoire de la pinctada margaritifera

Intensément pêchée au XIXe siècle pour sa nacre, la pintadine à lèvres noires n'a que très rarement livré des perles naturelles, qui du reste n'intéressaient pas les peuples des îles où elles étaient pêchées. En revanche, ils étaient fascinés par la nacre, qu'ils incorporaient dans leurs parures. Les créations les plus célèbres en nacre de Tahiti sont les costumes de deuilleurs, portés par les chamans qui participaient aux rites funéraires.

La seule incorporation d'une perle dans une œuvre d'art réalisée en Polynésie est due à un Tahitien d'adoption, le peintre Paul Gauguin. Il créa deux idoles, l'une à la coquille (1892) et l'autre à la perle (1892-1893). Ces deux sculptures sont aujourd'hui au musée d'Orsay à Paris. Les perles naturelles noires de Polynésie sont donc très rares, et peu d'entre elles sont répertoriées. Par contre, l'industrie de la culture des perles noires représente désormais une grande part de l'économie des îles polynésiennes.

Grosses perles noires

Une des plus grosses perles connues est une perle de Pinctada margaritifera. Il s'agit de la perle Hope qui appartenait au banquier londonien Henry Philip Hope. Cet homme fortuné possédait aussi le diamant du même nom, le fameux Hope, l'ancien diamant bleu de la Couronne de France. Parfois, on peut lire que la perle Hope fut achetée en Inde par le fameux courtier et voyageur français Jean-Baptiste Tavernier pour le compte de Louis XIV. Il s'agit évidemment d'une confusion avec le diamant du même nom.

La perle Hope

La perle Hope est une immense perle « ampoule », qui mesure près de 87 mm de long et pèse 454 carats. Nous avons pu l'examiner récemment en détail, et il est indubitable que son origine remonte à cette espèce d'huître perlière. La nacre est en effet blanche sur une grande partie de sa surface, mais l'extrémité inférieure est composée d'une nacre noire qui ne trompe pas.

Une monture en forme de petite couronne permet de masquer le point d'attache de la perle. En l'observant, on peut se rendre compte que la nacre se présente exactement comme dans une coquille de Pinctada margaritifera, dont la partie noire se cantonne à la frange la plus externe de la coquille. Cette perle exceptionnelle est aujourd'hui la propriété d'un grand collectionneur de perles de Dubaï.

Pinctada maxima

Perles d'Australie

Cette espèce de mollusque, la pinctada maxima produit les imposantes perles blanches et dorées d'Australie. C'est la reine des huîtres perlières.

Pinctada Maxima et sa perle d'Australie

Où trouve-t'on la pinctada maxima ?

La pinctada maxima ou encore l'huître aux lèvres dorées ou argentées vit au sein des eaux du Pacifique ainsi que l'océan indien. On la trouve autour des côtes des Philippines, d'Indonésie, de Birmanie, et surtout au nord de l'Australie.

Il s'agit d'une huître très grande, dont certains individus atteignent quarante centimètres de diamètre. En moyenne, elles font vingt à trente centimètres de dimension et présentent une nacre de grande beauté.

Histoire de la pinctada maxima

Grâce aux grandes navigations, en particulier celles de Fernand de Magellan (v. 1480-1521), qui découvre les Philippines (et qui y meurt), l'arrivée de la grande pintadine en Europe et au Moyen-Orient au XVIe siècle a beaucoup changé le travail de la marqueterie de nacre. On voit, par exemple, dans le palais de Topkapi à Istanbul, le net changement de dimension des inserts en nacre dans le mobilier et les décors architecturaux.

Dès le milieu du  XVIe siècle, les inserts atteignent cinq centimètres, ce qui n'est pas envisageable avec la nacre en provenance du Golfe qui est quant à elle taillée dans de petits coquillages.

Grandes perles

La Pinctada maxima a livré aussi de grandes perles, qui peuvent atteindre de 10mm à 18mm. C'est de cette grande huître que proviennent la plupart des perles baroques qui ont fait les délices des joailliers à l'imagination débridée, comme ceux qui furent au service des Médicis ou des princes-électeurs de Saxe.

Grandes perles d'Australie

Le musée Grimes Gewolbe de Dresde conserve cinquante-deux extraordinaires objets d'art, où s'exprime l'art de l'usage de la perle baroque avec une audace sans précédent. Clowns, nains, estropiés, créatures fantastiques, tous faits de perles baroques montées à renfort d'or et de pierres précieuses, forment une galerie de personnages grotesques qui témoignent de la virtuosité des artistes. La perle baroque a aussi été appliquée à des objets religieux, comme le célèbre calvaire aux perles de Dresde.

Toutes ces perles sont arrivées dans les bateaux des premiers grands explorateurs, qui les récupéraient probablement en majorité aux Philippines.

Art de la perle baroque d'Australie

L'art de la perle baroque a commencé en Italie, à la cour des Médicis servie par des artistes extrêmement habiles dans la taille des pierres fines. Le pendentif Renaissance, dont le motif central incorpore une grande perle, est devenu un accessoire de mode très prisé. Cet art a été exporté en Inde, à la cour du grand Moghol.

On sait qu'une ambassade des Médicis a présenté des créations en joaillerie à l'empereur Akbar (1542-1605). Ces créations ont beaucoup influencé les artistes de la cour impériale, qui se mirent à produire des pendentifs équivalents, mais à la manière moghole. Un seul a survécu jusqu'à ce jour, un triton, une créature mi-homme mi-poisson, au corps fait d'une extraordinaire perle baroque. La monture, en or massif, est sertie de rubis et de diamants. La pièce est antérieure à 1590, si l'on en juge par la taille rudimentaire des rubis, et par l'absence de taille des diamants, qui sont des cristaux montés à l'état brut. Le diamant ne sera taillé en Inde qu'à la fin du XVIe siècle. Le pendentif Renaissance sera remis à la mode au XIXe siècle, période où excellèrent d'habiles joailliers français et anglais.

La grande pintadine est donc à l'origine de tous ces objets magnifiques, qui formaient le cœur précieux de tout cabinet de curiosités digne de ce nom. Elle est aussi à l'origine des premières grandes parures de grosses perles rondes. La grande huître perlière est aussi la source des plus belles perles du culture : les perles dites « South Sea Pearls », ou perles des mers du Sud.

3 variétés de pinctada maxima

Il existe trois variétés de Pinctada maxima qui sont davantage des variétés commerciales que biologiques. Elles sont caractérisées en effet par différentes qualités de nacre.

- Il existe la Pinctada maxima stricto sensu, qui produit une nacre blanche,

- Une autre variété à lèvres argentées, qui produit une nacre et des perles de couleur argent.

- La plus extraordinaire est la variété dite à lèvres dorées. Elle est capable de livrer des perles qui ressemblent à de véritables billes d'or, d'une somptuosité sans pareille.

Pinctadines à lèvres dorées aux Philippines

Les Philippines sont le territoire par excellence des pintadines à lèvres dorées, dont la culture est la plus sophistiquée. Il en existe très peu de naturelles. La plus ancienne perle dorée connue provenant d'une Pinctada maxima est probablement la perle d'Akbar, datée de 1574-1575, conservée au musée d'Art islamique du Qatar.


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