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Histoire des perles

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Histoire des perles

Sommaire : Introduction à l'histoire des perlesLe désintérêt des anciennes civilisations du NouveauUne Afrique singulièreLe paradis des huîtresLes sources de perles dans l'AntiquitéLa GrèceRomeL'Europe ChrétienneL'Inde, des anciens royaumes aux derniers MaharadjahsRecherche sémantique liée aux perles

Introduction à l'histoire des perles

Fruits de mer et crustacés n'ont pas toujours été les ornements des grandes tables. Ils étaient la nourriture commune des peuples des îles et des côtes sur toute la planète. De nombreux tas de coquilles ou de foyers contenant des coquilles brûlées en témoignent, aux Caraïbes comme au Pérou, le long des côtes méditerranéennes et atlantiques ou encore sur le pourtour de toutes les îles d'Asie et d'Océanie. Huîtres, moules, coquilles Saint-Jacques, ormeaux, bénitiers, escargots de mer et bien d'autres encore : c'était l'ordinaire au menu.

Ce qui est étonnant, c'est que bien des cultures qui vivaient ainsi de la prodigalité de la mer n'affichaient pas le moindre intérêt pour les merveilles que contenaient tous ces coquillages : de curieuses petites pierres, dures, souvent sphériques : les perles ! Contrairement à ce que l'on écrit trop souvent, la perle n'a pas suscité une admiration universelle.

Ainsi, par exemple, il existe moins de bijoux connus portant des perles que de doigts d'une main pour toutes les civilisations précolombiennes. Pourtant, les côtes du Mexique étaient riches en huîtres perlières, très productives. Ce sont en fait les conquistadors qui découvrirent ces bancs d'huîtres. Plus anciennement, les perles étaient ignorées des Egyptiens, pourtant créateurs des bijoux les plus fabuleux qui soient, et continuellement à l'affût de matériaux rares. Tous les peuples des îles du Pacifique dont les eaux, elles aussi, regorgeaient d'huîtres perlières. négligeaient la perle.

On ne connaît pas de bijoux ethniques à perles en Nouvelle-Guinée, en Indonésie, aux Philippines, pas plus qu'en Polynésie. Par contre, ce qui est commun à toutes ces cultures qui manifestaient une indifférence totale pour la perle, c'était leur passion pour la matière coquillière, en particulier la nacre. Les ornements faits de coquillages, travaillés ou non, sont innombrables et le coquillage y est encore très apprécié de nos jours. Le coquillage était précieux, et souvent travaillé pour en tirer des objets qui servaient de monnaie d'échange. Cela est tout spécialement spectaculaire dans les îles Salomon, à l'est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Alors, pourquoi la perle, si belle, si parfaite, qui ne nécessite aucun travail de taille ou de polissage, était-elle ignorée ?

Iles Salomons

On peut s'aventurer à avancer quelques explications. Si l'on prend par exemple le cas des îles Salomon, on doit imaginer le mode de vie de peuples confrontés à des ressources limitées bien souvent au seul palmier. Ses fruits abreuvaient et nourrissaient. Son tronc permettait de construire, ses feuilles de s'abriter. C'était un combustible et les fruits fournissaient aussi des fibres précieuses.

Hélas, de telles sources de matières essentiellement végétales étaient putrescibles. Sous les tropiques, très vite, les objets utilitaires disparaissaient et rien ne pouvait se transmettre ou s'accumuler. Il n'existait qu'une source de matière qui pouvait exprimer une valeur pérenne et qui pouvait se thésauriser pour constituer un patrimoine au-delà de la courte vie d'un humain : le coquillage.

Sa beauté intrinsèque, le poli et l'éclat de sa matière minérale, sa faible dureté qui permettait de le travailler donnaient au coquillage une immense valeur. Dans les îles Salomon, on le travaillait pour lui donner le statut de monnaie. Il constituait ainsi les dots des mariées. Il traduisait un statut social proportionnel à la taille des objets et à leur quantité.

Les dents extraordinaires des cachalots ont eu le même statut d'objets précieux. Les perles, même si on en trouvait, devaient être trop rares et trop petites pour remplir un tel rôle. Par contre le bénitier géant (Tridacna gigas) était l'exemple parfait du coquillage qui représentait une véritable fortune. On y taillait (et cela encore de nos jours) de magnifiques pectoraux, symboles de pouvoir. Il y a peu encore, des anneaux taillés dans le bénitier constituaient l'essentiel de la monnaie d'échange.

Papouasie-Nouvelle-Guinée

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, et dans d'autres îles couvrant de vastes territoires (Bornéo), le coquillage augmentait en valeur en séloignant des côtes. Au cœur d'une forêt inaccessible, dans les tribus des montagnes, il représentait l'ultime rareté, celle qui signait le statut d'un chef.

Comment une perle de quelques millimètres sur une poitrine aurait-elle pu concurrencer un magnifique pectoral de trente centimètres taillé dans un bénitier ?

L'histoire de la perle n'est au final pas si simple. Elle n'est pas faite que de séduction, elle est faite aussi d'indifférence, et cette histoire mérite d'être repensée à la fois dans le temps et dans l'espace.

Pêche ancienne de mollusques (perliers) marins à Shark Bay (Australie)

Le désintérêt des anciennes civilisations du nouveau monde 

Les Amériques

Ainsi, par exemple, les Amériques ont montré un désintérêt manifeste pour les perles, alors que dès le troisième voyage de Christophe Colomb, on savait que les eaux de l'actuel Venezuela étaient très riches en huîtres perlières. Grands consommateurs de chair de lambis et de conques, les Caraïbes en tiraient également des instruments de musique et travaillaient la coquille.

Amérique Centrale et du Sud

Pourtant, les civilisations aussi bien insulaires que continentales du pourtour caraïbe n'ont jamais été intéressées par les perles, qu'elles soient d'huîtres ou de lambis. Or, il est évident qu'ils en trouvaient des quantités. D'une manière générale, compte tenu de l'abondance des fouilles en Amérique Centrale et du Sud, on peut affirmer sans aucun doute possible que ni les Aztèques, ni les Mayas, ni les Olmèques, ni les anciennes civilisations d'Amérique du Sud n'ont porté un quelconque intérêt pour les perles.

Les collections de bijoux exhumées sont en effet innombrables, et systématiquement dépourvues de la gemme des mers. Il existe une exception : une tombe mexicaine où des coquillages de spondyle ont été trouvés, ainsi qu'une perle noire. Par contre, les productions en coquillage, d'une infinie variété, nous sont parvenues pour toutes ces civilisations.

Amérique du Nord

En Amérique du Nord, la situation est à peu près identique, même si des découvertes sporadiques ont montré un intérêt un peu plus grand pour les perles. Mais elles n'étaient certainement pas considérées comme des objets de grande valeur, comme le prouve leur piètre qualité. Dans ses Grands Voyages publiés entre 1590 et 1634, Théodore de Bry publie une gravure devenue célèbre montrant une femme de Caroline du Nord portant un grand collier de cinq rangs de perles. Cette gravure, en noir et blanc, est fréquemment reprise dans les livres sur les perles.

Personne n'est allé voir à la source, en l'occurrence l'aquarelle originale conservée au British Muséum. Quand on observe l'aquarelle, on se rend compte que le collier de la fameuse femme de Caroline est fait de sortes de billes irrégulières brun-rouge, probablement un collier de billes de cuivre martelées. On sait aussi que les descriptions de Théodore de Bry, et tous les récits rapportés par les conquérants du Nouveau Monde, s'attachaient à exagérer ce que les explorateurs avaient vu. L'histoire de cette conquête est truffée d'exemples de désinformation dans l'intérêt de la politique d'occupation de ces terres.

Au final, le seul intérêt avéré en Amérique du Nord pour les perles s'est manifesté dans l'actuel Ohio, où le site de Hopewell a livré, au cœur des tumulus, des tombes contenant des perles d'eau douce de piètre qualité. Ces trouvailles, dont près de la moitié se concentre dans une seule tombe, se restreignent toutefois à une région géographique très réduite. Beaucoup de ces perles sont calcinées, peut-être comme conséquence de rites funéraires complexes mal compris aujourd'hui. La culture Hopewell s'est développée du ir siècle avant J.-C. au Y siècle après J.-C.

Un aspect intéressant de la culture des Indiens des forêts, sur la côte Est de l'Amérique du Nord, est la fabrication de billes taillées dans la partie violacée d'une praire appelée quahog (Mercenaria mercenaria). La partie colorée du coquillage étant réduite, ces billes étaient de grande valeur. Elles servaient en particulier à confectionner des pectoraux et des ceintures wampum. Si on considère le nombre de perles taillées pour cet usage, on imagine une consommation de quahogs par millions. Or, jamais les véritables perles, plutôt jolies, qu'on a pu trouver dans ce coquillage. n'ont été utilisées.

Ceci nous amène aussi à parler d'une confusion linguistique qui a pollué toute la littérature perlière.

- En français : Il n'existe qu'un mot pour désigner à la fois les perles naturelles et les perles taillées par l'homme dans des pierres, ou faites en verre.
- En anglais : Nous avons deux mots : pearl et bead.

La langue française étant une source importante de données archéologiques (pour le Moyen-Orient et l'Asie en particulier. De nombreux auteurs anglophones auraient pris le mot français « perle » au sens marin du terme, alors qu'il s'agissait dans la publication archéologique de perles fabriquées, des beads, des billes devrions-nous dire en français. De nombreuses fois, nous avons pu trouver que des erreurs remontaient à cette confusion. À la lumière de ces éléments, de l'observation des bijoux issus de fouilles archéologiques et de l'exemple de notre femme de Caroline couverte non pas de perles mais de beads de cuivre, on peut réécrire avec plus de vraisemblance toute l'histoire de la perle.

Une Afrique singulière

Égypte

Tout le continent africain a manifesté un désintérêt total pour la perle durant l'Antiquité. Le cas le plus remarquable est certainement celui de l'Egypte. Ce pays a vu s'épanouir une culture de la parure sans égale et ses artistes s'efforçaient de trouver les matériaux les plus rares, les plus nobles, les plus précieux, et aussi les plus inattendus.

Ainsi eurent-ils recours à du fer météoritique pour un repose-tête de Toutankhamon, métal plus précieux que l'or dans un pays où le fer était alors inconnu. On peut aussi signaler, pour un scarabée du même roi. l'usage du verre libyque, qui est le résultat de la vitrification de quartz suite à une collision d'un corps céleste avec la Terre.

Alors, face à une telle quête de la rareté, comment expliquer l'absence totale de perles dans l'Egypte pharaonique ?

Les innombrables découvertes nous en auraient livré, si un intérêt quelconque leur avait été porté... ou si les Égyptiens les avaient connues.

Comment ne pas penser en effet à la proximité de la mer Rouge, une frontière naturelle de l'Egypte ?

Henry de Monfreid, trois millénaires après le Nouvel Empire, nous décrit pourtant l'abondance des perles dans cette mer.

Il existe deux explications possibles à cette anomalie. L'explication culturelle est évidente : l'Egypte est une oasis étroite sur les rivages du Nil. Au-delà, il n'y a rien. Historiquement, la mer n'attire pas les Égyptiens. Plusieurs centaines de kilomètres de sable séparent le ruban fertile du Nil de la mer Rouge, où très peu d'établissements pharaoniques ont été implantés. Éloignés de la mer par un mode de vie contenu dans une longue oasis, les Égyptiens de l'Antiquité l'étaient aussi de ses produits, dont les perles. On peut chercher une autre explication encore :

Et si les huîtres n'existaient pas en mer Rouge à ces époques reculées ?

L'Egypte est en effet à la frange d'une région d'Afrique qui a connu un changement climatique drastique, avec la désertification rapide du Sud saharien. En mer Rouge même, les soubresauts climatiques ont été fréquents, dont un épisode bien identifié autour de 3000 ans avant notre ère. Peu d'animaux sont aussi sensibles aux variations climatiques que les huîtres. Une variation de la salinité tout comme de la température de la mer.

La mer Rouge, qui est une mer quasiment fermée, ne dispose pas de l'inertie propre aux vastes océans pour absorber avec douceur des aléas climatiques. Peut-être la Pinctada radiata, l'huître perlière du Golfe Arabique, ne pouvait coloniser la mer Rouge pendant la période climatique instable qui vit la civilisation égyptienne se développer.

Peut-être l'huître, venue du Golfe Arabique, a-t-elle colonisé cette mer seulement au déclin de la civilisation égyptienne ?

Avec la désertification définitive, on a pu assister à une stabilisation de la température et de la salinité de cette mer fermée, changements qui auraient rendu enfin possible en mer Rouge la prolifération de la Pinctada radiata. On sait par ailleurs que l'Egypte antique n'était pas insensible à la nacre. On connaît en effet quelques coquillages ornés de cartouches royaux dont une coquille gravée au nom du roi Sésostris. XIIe dynastie, conservée au musée du Louvre à Paris, qui ont pu provenir d'échanges commerciaux avec l'Ethiopie par exemple. Ils restent cependant extrêmement rares et portent toujours des inscriptions royales.

Ce sont les conquérants grecs qui vont finalement donner aux Égyptiens le goût des perles. Dès Ptolémée Ier. la perle entre au pays des pharaons par Alexandrie, et c'est là que la dernière souveraine gréco-égyptienne de ce pays. Cléopâtre VII, va donner naissance à un mythe immortel, celui de la perle soluble dans le vin.

Le paradis des huîtres

Asie du Sud-Est et Océanie

Quant à l'ensemble Asie du Sud-Est et Océanie. il est très facile de résumer la situation : aucun peuple des innombrables îles, qu'elles soient vastes comme Sumatra ou petites comme un atoll polynésien, n'a éprouvé jusqu'au XIXe siècle le moindre intérêt pour la perle. Cela est d'autant plus curieux que ces pays dont les Philippines (l'archipel de Sulu en particulier), le Japon. l'Indonésie, et enfin les îles du Pacifique et d'Océanie étaient tous baignés par des eaux qui regorgeaient d'huîtres perlières, essentiellement la Pinctada maxima et la Pinctada margaritifera, parfois exploitées pour être vendues en Chine.

Il n'y a pas d'explication à ce dédain pour les perles, qui s'est maintenu jusqu'à une époque très récente, si ce n'est celle proposée plus haut. Perle ignorée, matière coquillière adulée : dans tous ces pays, ce n'est que pour des raisons commerciales, face à la demande des pays occidentaux, que les habitants vont finir par s'y intéresser.

Village sur un atoll polynésien

Les sources de perles dans l'Antiquité

Beyond Price. Pearls and Pearl-fishing: Origins to the Age of Discovery, par R.A. Donkin. American Philosophical Society (1998)

Nous n'allons pas passer en revue systématiquement les innombrables mentions de perles qui ponctuent les rapports de fouilles ou les textes que nous a laissés le monde antique. Ce serait un travail d'érudition qui n'a pas sa place ici. Il existe par ailleurs un ouvrage aussi exhaustif que remarquable à ce sujet :  Beyond Price. Pearls and Pearls and Pearl-fishing: Origins to the Age of Discovery.

Notre propos est plutôt de dresser un tableau général qui permettra de comprendre comment le monde antique n'a fait que préparer le terrain aux quatre grandes cultures qui vont réellement s'approprier les perles : les cultures hindoue, chinoise, chrétienne et musulmane.

Le Moyen-Orient (Golfe Arabique, Mésopotamie et Iran) 

L'usage très ancien des perles dans le Golfe Arabique est confirmé par des fouilles archéologiques en particulier sur l'île de Bahreïn. Des perles y étaient pêchées il y a au moins 7000 ans, comme en témoigne le contenu de certaines tombes. Cette île est très certainement l'ancienne Dilmun. connue pour son commerce de matières précieuses (bois, cuivre, gemmes).

Elle fut respectée et protégée par les rois mésopotamiens. Il y a fort à parier que la notoriété de cette île tient aussi au commerce des perles, et ce n'est pas pour rien que le récit de la plongée mythique du héros sumérien Gilgamesh se situe au large de cette île. La vie de ce roi. qui aurait régné aux alentours de 2650 av. J.-C. a été embellie sous forme d'une épopée racontant en particulier sa quête de la plante qui devait lui donner l'immortalité (tablette XI) :

« Il s'attacha de grosses pierres à ses pieds

Elles l'entraînèrent dans les eaux profondes

Et lorsqu'il vit la plante qui piquait la main, il la prit

Il détacha les lourdes pierres

Et la mer le ramena sur la rive. »

Ce récit nous décrit tout simplement la technique de la pêche aux perles en usage dans le Golfe : le plongeur se laisse entraîner grâce à un lest, il cueille les huîtres à la main, il se déleste et remonte rapidement. Ce procédé va se maintenir pendant au moins trois millénaires jusqu'à sa disparition dans les années 1940.

Que des poètes aient situé la quête de Gilgamesh du côté de l'ancienne Dilmun est une confirmation indirecte de l'importance historique de Bahreïn en matière de perles, et ce depuis des millénaires. De fait, les pêcheries de Bahreïn et du Golfe en général nourrirent en perles toutes les civilisations antiques qui cohabitèrent ou se succédèrent le long de ses deux rives.

Les témoignages de l'existence de perles couvrent aussi bien les civilisations sumérienne, babylonienne, assyrienne, achéménide, séleucide et sassanide. Ces témoignages sont essentiellement des trouvailles archéologiques, la plus intéressante étant un collier conservé au musée du Louvre, composé de trois rangs de perles. Il provient de la région de Suse (le sud de l'actuel Iran et date du rv siècle avant notre ère.

Une trouvaille importante a aussi été faite à Pasargades. première capitale de l'Empire perse achéménide fondée par Cyrus le Grand, mort en 529 av. J.-C. : deux cent quarante-quatre perles en partie percées qui furent probablement montées en collier.

De tels témoignages, ajoutés à des mentions dans des textes, restent toutefois rares. Il est en fait très difficile déjuger de l'importance réelle des perles dans le Moyen-Orient pendant ces millénaires d'une histoire complexe dont les vestiges sont pour l'essentiel encore enfouis sous les sables. Il n'y a pas eu de découverte qu'on pourrait qualifier de « trésor », comme on en parle dans les textes anciens. Les sacs d'or, de pierreries et de perles qu'énumèrent les épopées tiennent du mythe colporté et amplifié, et non d'une réalité avérée. On y trouve toute l'exagération propre à ce qui touche à l'Orient, le reflet de fantasmes qui firent courir les envahisseurs de tous bords, depuis ces temps lointains jusqu'à nos jours.

Les bijoux qui nous sont parvenus n'ont en effet rien de spectaculaire en matière de perle. On n'avait pas encore porté son goût vers des perles parfaitement sphériques, si l'on juge de la prédominance des formes baroques dans les colliers antiques du Levant. L'échelle de valeur en fonction de la forme et de l'éclat ne viendra que plus tard, lorsque la perle se chargera d'une signification hautement religieuse et symbolique, qui poussera à choisir la sphéricité la plus parfaite possible, pour s'accorder à l'image de la perfection de Dieu.

En résumé, on peut dire que le chemin de l'histoire antique du Moyen-Orient est indiscutablement parsemé de perles durant plusieurs millénaires. Beaucoup de ces perles se sont perdues, et le panorama que l'on peut dresser de cette histoire reste aujourd'hui vague.

Que sait-on vraiment qui soit certain ?

Que la pêche était pratiquée, que toute la région a été sensible aux perles et qu'au fur et à mesure que ces civilisations gagnaient en richesse, l'intérêt pour les perles grandissait. Les perles qui nous sont parvenues sont infiniment trop rares pour imaginer qu'elles fussent commercialisées par sacs entiers, comme on peut l'entendre. La perle était une gemme connue, recherchée, peu commune et destinée à de rares privilégiés. Cette « protohistoire » de la perle va nous mener à un moment crucial, celui de la conquête d'Alexandre le Grand, lorsque les perles vont réellement atteindre l'Europe.

La Grèce

Alexandre le Grand

Les Grecs de l'Antiquité connaissaient certainement les perles avant le règne d'Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C). Certains d'entre eux avaient établi des comptoirs commerciaux en Inde, d'autres étaient au service des Achéménides, et une chose aussi raffinée qu'une perle n'aurait pu leur échapper. On rapporte que Cyrus le Grand, roi des Perses, en battant le roi Crésus de Lydie (l'actuelle Turquie orientale) en 546 av. J.-C, repartit avec un trésor contenant de grandes quantités de perles. Là encore, l'exagération, qui est l'encre avec laquelle on écrit les épopées, fait voir des sacs de perles là où il devait y en avoir quelques poignées au mieux.

On se doute aussi qu'Alexandre et ses troupes découvrirent des perles à l'occasion de la campagne militaire qui les conduisit jusqu'en Inde. On ne peut imaginer que les perles fussent absentes des butins et rapines consécutifs aux nombreuses victoires. Les trésors gagnés après la défaite du roi perse Darius devaient être considérables, et contenir des perles du Golfe Arabique. C'est à l'époque d'Alexandre en tout cas qu'apparaît le premier mot désignant spécifiquement la perle. Il s'agit de « margaritês ». qu'utilise Théophraste, l'un des premiers grands naturalistes et disciple d'Aristote.

Ptolémée

Après la mort dAlexandre, le commerce des perles dans le monde grec est lié aux noms de deux généraux qui succédèrent au jeune conquérant. Le premier, Ptolémée, choisit de régner sur l'Egypte et conforta sa légitimité en faisant détourner le convoi funèbre d'Alexandre pour lui donner une sépulture à Alexandrie. Ptolémée, qui a sillonné tout le Moyen-Orient, qui s'est aventuré le long du Golfe Arabique et a avancé en Inde jusqu'aux rives de l'Indus. a certainement dû se familiariser avec cette gemme rare. Son nouveau pays d'adoption, bordant la mer Rouge, devait lui donner l'occasion d'en importer, voire d'en faire pêcher.

On retient en tout cas le goût, immodéré semble-t-il, pour les perles de la dernière des Ptolémées, Cléopâtre VII, dont le suicide mit fin à la période grecque de l'histoire égyptienne. Là encore, la prudence est de rigueur car les témoignages sur Cléopâtre ne sont pas le fait de témoins contemporains de la reine et leur objectivité est dénaturée par les fantasmes qu'a fait naître sa vie hors du commun.

Séleucos Ier

Une autre voie de pénétration de la perle dans le monde grec, très importante et certainement sous-estimée, est la voie orientale, par l'empire Séleucide (305-64 av. J.-C). Il est fondé par Séleucos Ier. qui. tout comme Ptolémée, est un des généraux successeurs (diadoques) d'Alexandre. D'abord gouverneur de Mésopotamie, il étendit très vite sa domination vers l'Est, dont la Perse, et s'appropria aussi la Syrie antique. C'est là qu'il fixa sa capitale, à Antioche. Ce vaste empire qui touchait presque Byzance à l'Ouest et butait contre l'Indus à l'Est, constituait une synthèse du monde grec et du monde oriental. C'était une vaste mosaïque de cultures, langues et religions, difficilement gouvernable. Les derniers fragments de l'empire séleucide ont été incorporés à la république romaine en 64 av. J.-C.

Il n'en demeure pas moins que, pendant plus de deux siècles, les Grecs ont dominé toute la côte asiatique du Golfe Arabique, ainsi que toutes les routes commerciales en provenance de l'Inde. Dans une région déjà acquise à la perle, l'aura de celle-ci n'avait pu que séduire l'occupant grec et se propager. Les ports méditerranéens séleucides de Syrie étaient dans une position idéale pour transférer les richesses d'Orient, dont la perle, vers Byzance et la Grèce continentale.

L'un des rares joyaux à perles qu'il est possible de relier à cette région est un magnifique bracelet daté du Ier siècle av. J.-C. du trésor d'Olbia d'Ukraine non loin des rives de la mer Noire. Deux lignes de perles font le tour du bracelet d'or. Elles sont très petites (2-3 mm) et se font très discrètes face à la profusion d'or, de grenats, d'émeraudes et d'améthystes. Le bijou est exposé actuellement au Talters Art Muséum de Baltimore. États-Unis.

Si l'on veut réaliser un bilan de l'importance de la perle dans la civilisation grecque hellénistique, basé sur des faits avérés, on reste toutefois dubitatif. À peine une dizaine de bijoux nous sont parvenus, rares vestiges d'une richesse certainement pas aussi grande que le suggère notre propension à rêver. On ne peut pas dire en effet que l'archéologie nous ait privés de trésors issus du monde grec. D'innombrables découvertes nous ont livré une profusion d'or, de gemmes variées, y compris des grandes raretés comme des aigues-marines...

Mais des perles ?

À peine ! Ce triste bilan va à rencontre des lois de la statistique, et l'on ne peut invoquer, comme le font certains auteurs, la fragilité de la perle et sa dissolution dans le sol qui les recouvrait. La perle est bien plus résistante qu'on ne l'affirme, au moins aussi résistante que des bijoux en coquillages qui eux peuvent survivre enterrés de nombreux millénaires. La conclusion nous paraît claire : l'importance de la perle dans le monde grec antique est à reconsidérer. Elle fut une gemme connue, à la rareté reconnue, et certainement de grande valeur. Mais en aucun cas elle ne fut abondante et populaire, mais plutôt rare et élitiste.

Rome

Lorsque Rome eut terminé sa conquête de la Grèce hellénistique à l'issue de la destruction de Corinthe (146 av. J.-C), elle absorba nombre de traits culturels des pays conquis, en particulier en sculpture, littérature, et bien sûr dans l'art de l'ornementation.

Mythes liés à la naissance des perles

Avec le goût pour les perles, les Romains assimilèrent aussi une explication de la naissance des perles que les Grecs tenaient eux-mêmes de leurs frontières d'Orient (Perse et Inde) : les perles résultaient de l'absorption de gouttes de pluie ou de rosée par un coquillage qui s'élevait du fond marin pour respirer. Cette histoire, qui remonte à des mythes hindous, va connaître une grande fortune. Elle sera en effet l'explication en vogue pendant mille ans encore.

Le texte de L'Histoire naturelle de Pline l'Ancien au premier siècle de l'ère chrétienne mérite d'être cité car il constitue l'archétype de ce mythe.

" Quand l'influence de la saison génératrice les stimule, on dit que, s'ouvrant par une espèce de bâillement, elles conçoivent par l'action d'une rosée fécondante, qu'elles mettent au jour le produit qu'elles ont porté, et que ces produits sont les perles, qui diffèrent suivant la qualité de cette rosée. Si la rosée est pure le produit est blanc, si elle est trouble le produit est terne ; il est pâle s'il a été conçu à l'approche d'un orage ; ce qui prouve que l'état des perles dépend plus du calme des airs que du calme des mers. C'est du ciel qu'elles tirent une couleur nuageuse ou limpide, suivant la sérénité des matinées. "

Si les coquillages sont convenablement nourris le produit grossit aussi ; s'il éclaire ils se ferment, et diminuent en raison du jeûne qu'ils éprouvent ; si en outre il tonne, effrayés et se fermant subitement, ils produisent ce qu'on appelle des bulles, semblants de perles, vides et sans corps ; ce sont des avortements. Les produits à terme sont constitués par plusieurs couches, de sorte qu'on y pourrait voir, non à tort, comme une callosité du corps de l'animal : des mains habiles savent les nettoyer.

[...] Elles grossissent en outre dans la vieillesse, et contractent des adhérences avec les coquilles : on ne peut les en arracher qu'avec la lime. Celles qui sont rondes d'un côté et plates de l'autre sont appelées timbales. J'ai vu des perles adhérentes à leur coquille, dont pour cette raison on avait fait des bottes à parfums. Les perles, molles dans l'eau, durcissent aussitôt qu'on les en retire. » Livre IX, LIV, d'après la belle traduction d'Emile Littré, 1848-1850.

Les excès de l'ère romaine

Dans la suite de son texte, Pline ne se prive pas d'évoquer les excès auxquels se livrèrent les Romains pour posséder des perles et il se lance dans une sévère critique des mœurs romaines :

Lollia Paulina

« J'ai vu Lollia Paulina, qui fut la femme de l'empereur Caligula (et ce n'était pas lors d'une fête sérieuse, une cérémonie solennelle, c'était un simple souper de fiançailles ordinaires), je l'ai vue, dis-je, couverte d'émeraudes et de perles qui se relevaient par leur mélange alternatif sur sa tête, dans ses cheveux, dans ses cordons, ses oreilles, à son cou, à ses bracelets, à ses doigts : tout cela valait 40 millions de sesterces et elle était en état de prouver immédiatement par les quittances que telle en était la valeur. Et ces perles provenaient non pas des dons d'un prince prodigue, mais des trésors de son aïeul, trésors qui étaient la dépouille des provinces. Voilà à quoi aboutissent les concussions ! » Livre IX, LVIII, traduction d'Emile Littré.

Le banquet d'Antoine

Et Pline de continuer en parlant du scandaleux banquet d'Antoine, au cours duquel Cléopâtre fit dissoudre une perle dans le vinaigre pour l'avaler. Elle voulut ainsi se vanter de pouvoir offrir le repas le plus cher de toute l'histoire de la gastronomie. On a eu tort de prendre à la lettre la littérature de Pline. Son auteur, très pessimiste quant à l'avenir de Rome, avait lancé une croisade personnelle contre la corruption et le luxe outrancier. Ses textes sur les perles ne sont qu'une manière exagérée et quasi métaphorique de dénoncer les moeurs de la capitale du monde romain et de ses maîtres. Prise toutefois au premier degré et même amplifiée par bien des auteurs ultérieurs, et ce jusqu'à nos jours, l'exagération plinienne a totalement faussé la perception de la vogue des perles dans le monde romain et fait croire que les Romains consommaient les perles comme d'autres de la confiture. On peut lire ce genre de fables écrites à l'envi par d'autres historiens latins et dont de nombreuses versions ont abouti dans bien des livres et sur Internet.

Vie des 12 Césars

« Caligula surpassa en prodigalités tout ce qu'on avait vu jusqu'à lui. Inventeur de nouveaux bains, ainsi que de repas et de mets extraordinaires, il se faisait parfumer d'essences chaudes et froides, avalait les perles les plus précieuses après les avoir dissoutes dans le vinaigre, et servait à ses convives des pains et des viandes en or. Il avait souvent à la bouche cet adage : "Il faut être économe, ou vivre en César". » Vie des douze Césars, Caligula, XXXVII, écrit par Suétone (env. 70 - env. 140), secrétaire de l'empereur Hadrien (traduction de M. Nisard, 1855).

Histoire Auguste, Héliogabale

« Pendant dix jours, l'empereur Héliogabale se fit servir chaque jour trente tétines de laies avec leurs vulves, et sur la même table des pois avec des parcelles d'or, des lentilles avec des pierres de foudre, des fèves avec des morceaux d'ambre, et du riz avec des perles. Il sema aussi des perles en guise de poivre sur des poissons et sur des champignons. » Histoire Auguste, Héliogabale, XXI, écrit par Aelius Lampridius, historien latin du IVe siècle (traduction de Laas d'Aguen et E. Taillefert, 1846).

« Cicéron s'attacha à une femme du monde, célèbre par ses aventures galantes, Cfecilia Métella, l'épouse du consulaire Lentulus Sphinther. C'est la même qui ruina plus tard le fils du grand acteur tragique Esopus, ce fou qui, ne sachant qu'inventer pour arriver plus vite à sa perte, eut la singulière vanité, dans un dîner qu'il donnait à sa maîtresse, de faire dissoudre une perle d'un million de sesterces [...] et de l'avaler. » Cicéron et ses amis, étude sur la société romaine du temps de César, écrit par Gaston Boissier (1823-1908), historien et secrétaire perpétuel de l'Académie française.

Pour faire taire ces légendes, ou tout au moins pour les ramener à ce qu'elles sont réellement, des fables, nous nous sommes permis de prendre une perle baroque de 10 mm, et de la plonger dans le vinaigre. Après dix heures d'un tel traitement, la perle n'avait pas même perdu son lustre. Même réduite en poudre, la perle, n'en déplaise aux admirateurs de Cléopâtre, est vraiment difficilement soluble dans le vinaigre.

Alors, Cléopâtre s'est-elle contentée d'avaler une poudre en suspension dans du vinaigre, découvrant ainsi l'aspirine ?

C'est là une théorie que nous nous sommes refusés à expérimenter. Comme pour ce qui en est réellement des perles pour le monde grec, revenons à des critères objectifs d'appréciation des perles romaines. Le nombre de bijoux romains avec perles parvenus jusqu'à nous est, là encore, modeste : quelques dizaines à peine. La majorité d'entre eux sont des boucles d'oreilles, comme par exemple de petites boucles exposées au Louvre, ou d'autres encore dans le trésor trouvé à Eauze, (musée archéologique d'Eauze, Armagnac). Les caches enfouies sous les cendres de l'éruption du Vésuve en 79 comptent à peine quelques perles.

Et pour finir, on ne recense que quelques paires de boucles d'oreilles au musée du Caire. Ce faible nombre de perles survivantes a quelque chose de gênant, tant cela ne cadre pas avec l'abondance des références littéraires, dont on a compris par ailleurs la propension à l'exagération. Si nous prenons, pour comparer, la situation du diamant dans la Rome antique, on fera remarquer que cette gemme excessivement rare à l'époque est néanmoins connue par trois bagues qui ont survécu. Proportionnellement, nous devrions avoir des milliers de bijoux à perles, si nous devions comparer perles et diamants en fonction de leur rareté respective. Nous en concluons que la perception de l'usage de la perle dans l'Antiquité doit être sérieusement revue et en aucun cas considérée à la seule aune des textes anciens.

Faut-il rappeler que si nous devions nous faire une idée du Moyen Age par la seule lecture des romans de chevalerie enluminés, nous aurions une perception totalement faussée de cette époque ?

Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines

Margarita

La littérature perlière reprend souvent un article de E. Babelon paru dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines de Daremberg et Saglio (1877) sous l'entrée « margarita », qui désigne la perle en latin :

« [...] Dans les grandes maisons romaines, le soin du mobilier et de l'intérieur des appartements était confié à Yatriensis, intendant qui avait sous ses ordres un certain nombre d'esclaves inférieurs, au nombre desquels figurait le surveillant ad margarita, c'est-à-dire le gardien des perles et joyaux. Le commerce des perles à Rome était si important qu'il formait la corporation des margaritarii. Les officinae margaritariorum étaient installées sur le Forum, dans le voisinage des tabernae argentariae ; il y en avait aussi sur la voie Sacrée. »

Cet article laisse perplexe. Peut-être la réponse est-elle contenue dans les dernières lignes que bien des commentateurs omettent ? « D'ailleurs, le mot margaritarius ne désignait pas seulement les joailliers, marchands et monteurs de perles, il s'appliquait aussi aux pêcheurs et aux gardiens des joyaux et bijoux perlés. » Peut-être, tout simplement, a-t-on confondu l'huître et la perle ou encore la nacre et l'or... sans oublier les perles de verre que les romains produisaient avec une virtuosité extraordinaire. Nous retombons sur le problème des perles et des beads.

Portraits dits du Fayoum

Une preuve indirecte de l'usage de perles nous est apportée par les fameux portraits dits « du Fayoum » en Egypte. On en a trouvé plus d'un millier, non seulement au Fayoum mais aussi dans des nécropoles d'époque romaine à Saqqarah, à Memphis, et même à Thèbes. Ces portraits sur panneaux de bois ou sur toile recouvraient les momies à l'emplacement du visage. Il s'agit de véritables portraits des défunts, très réalistes et émouvants car ils effacent la barrière de la mort et nous restituent un être profondément humain, avec ses imperfections. Les femmes portaient des bijoux où des perles sont souvent identifiables qui ornaient essentiellement des boucles d'oreilles, rarement des colliers, et encore plus rarement des parures de tête. Cette prédominance de boucles à pendants de perles correspond à la réalité archéologique : il s'agit du bijou à perles le plus fréquemment retrouvé. Ces défunts font partie des classes moyennes à aisées, ce qui nous permet de nous faire une idée de la parure portée par le citoyen romain dans la province d'Egypte.

Peut-on extrapoler cet usage à l'ensemble de l'empire ?

Nous avons tendance à penser que la proximité des sources de perles (la mer Rouge alors productive) a eu une influence locale importante. Aucune perle remarquable, de grand format, portée en pendant ou en collier ne peut être notée. Cela correspond à la production de l'huître perlière de la mer Rouge, qui fournit des perles dépassant rarement les six à huit millimètres.

L' Europe Chrétienne

Le monde chrétien va adopter la perle et en faire une gemme hautement symbolique. Elle apparaît dans un étrange texte récemment traduit en français par Victor Ghica de l'Institut français d'archéologie orientale au Caire, à partir d'un manuscrit copte de la fameuse trouvaille de Nag Hammadi, au nord-ouest de Louxor en Egypte en 1945 (Écrits apocryphes chrétiens, collection Pléiade, Gallimard NRF. 2005). Il s'agit des Actes de Pierre et des douze apôtres. Dans ce texte, Jésus prend l'apparence d'un vendeur de perles :

Actes de Pierre et des douze apôtres

«... il s'écria : "Perle ! Perle !". Les riches de la ville en question entendirent sa voix. Ils sortirent de leurs magasins cachés et d'autres regardaient depuis les magasins de leurs maisons. D'autres encore regardaient depuis leurs fenêtres hautes. Et ils ne virent rien chez lui, parce qu'il n'avait pas de besace sur l'épaule, ni il y avait d'aumônière dans son linge et dans le voile. Et à cause de leur mépris ils ne s'enquirent même pas de lui. Quant à lui, il ne se révéla pas à eux. Ils retournèrent à leurs magasins en disant : "Cet homme se gausse de nous."

Et les pauvres de la ville en question entendirent sa voix et vinrent à l'homme qui vendait cette perle. Ils lui dirent : "Donne-toi la peine de nous montrer la perle, afin qu'au moins nous la voyions de nos yeux. Car nous sommes pauvres et nous n'avons point tant d'argent à payer pour elle. Mais montre-la nous pour que nous disions à nos amis que nous avons vu une perle de nos yeux." Il répondit en leur disant : "Si cela est possible, venez dans ma ville, afin que non seulement je la montre à vos yeux, mais aussi que je vous la donne gratuitement."

Et les pauvres de la ville en question, pour leur part, entendirent et dirent : "Puisque nous sommes des mendiants et que nous savons que personne ne donne une perle à un mendiant, mais que c'est du pain et un statère que l'on reçoit d'habitude, dès lors la charité que nous voulons recevoir de toi c'est que tu montres la perle à nos yeux. Et nous dirons à nos amis avec fierté que nous avons vu une perle de nos yeux, car on n'en trouve pas chez des pauvres, surtout pas des mendiants de pareille espèce." Il répondit en leur disant : "Si cela est possible, venez vous-mêmes dans ma ville, afin que non seulement je vous la montre, mais aussi que je vous la donne gratuitement." Les pauvres et les mendiants se réjouirent de quelqu'un qui donne gratuitement. »

Le royaume des cieux

La perle dans cette parabole représente selon Victor Ghica le « Royaume des cieux ». Celle-ci peut également symboliser l'âme ou Jésus dans d'autres documents évangéliques ou apocryphes. Si, chez les premiers Chrétiens, la perle est plutôt associée au Royaume ou à l'âme, elle va évoluer vers une tout autre voie dans les siècles qui suivent, lorsque le monde chrétien en expansion s'éloigne de son berceau qui est le Moyen-Orient, si proche du lieu d'origine de la plupart des perles. En Europe, la parabole du commerçant de perles perd de son sens. Avant la progression chrétienne, la perle était originellement attachée au culte d'Aphrodite (ou Vénus pour les Romains) qui est la fille du Ciel et de la Mer. Selon la tradition la plus populaire, la déesse est née de l'écume blanche jaillie du sexe d'Ouranos, dieu du Ciel, tombé dans la mer après qu'il eut été tranché par le Titan Kronos, le fils d'Ouranos.

Symbole de pureté

En quittant le monde polythéiste romain, la perle qui entre dans le monde chrétien va en effet se forger un nouveau destin pour devenir le symbole de la pureté de Marie. La perle parfaite, née par miracle, sortie immaculée de sa conque, illustre la mystique mariale en devenant symbole de l'immaculée conception. Elle est même souvent assimilée à Jésus lui-même, enfanté par miracle. Ainsi, dans le monde chrétien, la perle devient non seulement un symbole religieux, mais aussi une gemme dont la possession permet d'afficher une image de pureté et de perfection, perfection qui est aussi celle de Dieu. Elle entre dans les trésors des cathédrales et dans ceux des rois. Elle conquiert Ryzance et Aix-la-Chapelle. Elle constelle l'autel d'or de la basilique Saint-Marc à Venise et les couronnes carolingiennes.

Sa perfection dans sa sphéricité la place au sommet de l'échelle des gemmes, au-dessus des rubis et des saphirs, trop durs pour être taillés, et réduits à des gravillons simplement polis. Dans la joaillerie sacrée ou profane qui va de la fin de l'Empire romain à la chute de Byzance, seule la perle est parfaite et pure car son apparence est exempte de toute intervention humaine. Cette évolution symbolique de la perle va culminer sous le règne de la reine Elisabeth Ier d'Angleterre, la reine vierge. Plus qu'aucune autre gemme, la perle va littéralement la couvrir, montée en joyaux exubérants et cousue sur des robes précieuses. Avec Elisabeth Ier, la perle trouve son aboutissement symbolique : un signe de pouvoir et de richesse extrêmes et la symbolique de la pureté virginale utilisée comme instrument politique.

XVIe et XVIIe siècles

Les XVIe et XVIIe siècles européens sont véritablement l'âge d'or de la perle. Les raisons sont d'abord culturelles : l'église catholique combat la Réforme protestante introduite par Martin Luther en montrant son pouvoir dans une pompe de plus en plus extravagante. Les souverains catholiques d'Europe, rois ou reines, se parent de multiples joyaux, comme aucun souverain ne l'avait fait auparavant. C'est aussi l'époque de la généralisation du diamant que l'Inde enfin laisse sortir de ses frontières contre des émeraudes de Colombie. Les premiers trésors d'Etats se constituent. François Ier crée en France l'institution des Joyaux de la Couronne. Son exemple sera suivi partout en Europe. Les immenses trésors des rois allemands (en particulier en Saxe et en Bavière) s'édifient et sont encore en grande partie conservés. On y trouve profusion de perles.

Les Médicis à Florence se parent de perles, en particulier Catherine et Marie, devenues reines de France. Cette dernière égalait presque Elisabeth F dans l'usage immodéré des perles cousues sur ses robes. Elle s'appelait Marie, et le symbole de la perle était parfait pour elle. Les souveraines baptisées Marguerite se paraient aussi de perles, à l'exemple de Marguerite de Valois. Leur nom même signifiait « perle », en langue grecque ou latine. La deuxième raison de cet engouement pour les perles au xvr siècle en Europe est leur disponibilité, car elles arrivent alors en abondance des pêcheries du Nouveau Monde. Des vaisseaux en ramènent des dizaines de milliers, d'une qualité superbe, provenant essentiellement des côtes caraïbes du Venezuela (Iles Margarita et Cubagua) ou aussi du Panama, côté Pacifique. Là, l'huître perlière Pinctada mazatlanica, d'une grande dimension, a livré des perles extraordinaires en qualité et en taille, que le Golfe Arabique ne pouvait fournir.

La Peregrina

La plus célèbre d'entre elles est la fameuse Peregrina, une perle de 50,95 carats, en poire parfaite, qui aurait été expédiée au roi d'Espagne Ferdinand V en 1513 par le conquistador Balboa ou présentée par Don Pedro de Temez au prince Philippe II, futur roi d'Espagne. Elle passa comme cadeau de mariage à Marie Ier ou Marie Tudor par son futur époux Philippe II. À sa mort, en 1558, la perle intégra les joyaux de la couronne d'Espagne. Puis elle fut de nouveau portée d'abord par l'épouse du roi Philippe III d'Espagne, ensuite par les épouses du roi Philippe IV d'Espagne. Elle passa entre les mains de la famille Bonaparte après l'occupation de l'Espagne par Napoléon Ier en 1808. Joseph Bonaparte, éphémère roi d'Espagne, s'exila en Amérique en 1815 à la chute de son frère Napoléon Bonaparte. Son neveu, Charles Louis Bonaparte, futur Napoléon III en hérita et la vendit semble-t-il pendant son séjour aux Amériques à la famille Hamilton. C'est en 1969 que Richard Burton en fit l'acquisition aux enchères chez Sotheby's pour son épouse Liz Taylor : la plus belle perle connue revenait à celle qui incarna Cléopâtre, la souveraine dont on dit qu'elle dissolvait ses perles dans le vinaigre. L'actrice se contenta de la faire mordre par son chien, par accident, certes.

Épuisement des bancs d'huître

L'épuisement rapide des bancs d'huîtres d'Amérique calma quelque peu le marché de la perle en Europe au XVIe siècle. Elle redevint une gemme rare, appréciée, portée avec plus de discernement. C'est l'époque des bijoux baroques, où la perle est surtout accrochée en pendants décoratifs de joyaux complexes. Elle est aussi portée de façon simple : un rang de perles, une paire de boucles d'oreilles. La perle est entrée dans un usage plus routinier, qui va se maintenir jusqu'à nos jours. Cette belle simplicité est illustrée à merveille par les chefs-d'œuvre du peintre hollandais Vermeer de Delft. La perle, dans quelques-uns de ses tableaux, est exactement représentée pour ce qu'elle est : une gemme merveilleuse, blanche, qui accroche la lumière pour soudainement faire éclater sa discrète beauté.

L'Inde, des anciens royaumes aux derniers Maharajahs

Le pays des perles

L'Inde est, par excellence, le pays des perles. Il est pourtant très difficile de se faire une idée de leur usage avant l'invasion moghole et la conversion d'une partie du pays à la religion musulmane. Aucun joyau d'avant l'ère moghole n'est conservé, et l'usage de la perle n'est avéré que par des documents et suggéré par les œuvres d'art. La plupart des grands récits qui sont le fondement de l'hindouisme mentionnent en effet les perles, dont les Veda, des textes sacrés réservés à l'élite et les Purâna. des textes sacrés adressés à toutes les castes. Un autre texte, la grande épopée le Mahâbhârata. mentionne également des cadeaux de perles faits au roi Yudhisthira par une délégation du Lanka.

Arthasâstra, traité de sciences politique et économique

Le texte le plus intéressant pour les perles est certainement l'Arthasâstra, véritable traité de sciences politique et économique qu'aurait écrit Kautilya. ministre de l'empereur Chandragupta. L'un des chapitres parle des articles précieux qui doivent être versés au trésor royal, et très explicitement des perles, en indiquant les qualités et défauts, et le type de joyaux qui les porte. Une dizaine de sites producteurs de perles sont indiqués, dont la moitié couvre l'extrême sud de l'Inde et la côte nord-ouest du Sri Lanka.

Il est très intéressant de savoir que l'empire que développa Chandragupta - l'empire Maurya (env. 322-187 av. J.-C.) - se construisit d'abord en repoussant les derniers bastions grecs issus de la conquête d'Alexandre, puis par une alliance avec l'ancien général d'Alexandre et son successeur dans ces régions, Séleucos. Ainsi, les Séleucides vont disposer d'une ouverture exceptionnelle vers l'Inde, officialisée par le mariage entre l'empereur indien et une fille de Séleucos. Cette alliance impériale qui lie l'Inde à la Méditerranée est certainement la voie la plus importante de pénétration de la perle vers l'Occident antique, comme on l'a vu plus haut. Aucune trace matérielle de perle ne subsiste de cette époque si ce n'est indirectement par l'art.

Oeuvres peintes et sculptées, en témoignage aux perles

Jusqu'à la conquête moghole, ce sont en effet les œuvres essentiellement peintes et sculptées qui nous donnent des idées plus précises de la parure en usage en Inde, de l'aube du bouddhisme jusqu'au Xe siècle de notre ère. Les plus remarquables de ces productions sont certainement les sculptures et peintures de l'ère Gupta (320-510), qui marque l'apogée du classicisme indien. Si, pour les sculptures, il n'est jamais certain que les bijoux représentés comportent des perles naturelles ou des perles taillées et des billes d'or, pour les peintures, en particulier dans les grottes d'Ajanta. l'incertitude est très faible.

En effet, le réalisme des peintures à fresque permet presque à coup sûr d'identifier des colliers, des boucles d'oreilles et des parures de tête constellées de perles. Le raffinement de la parure durant l'empire Gupta montre que ce goût est profondément ancré dans la culture de l'Inde, et en aucun cas une spécificité de la période moghole, comme on peut parfois le lire. L'Inde a été historiquement, et reste toujours, le pays des gemmes, dont la perle fait partie. Les Indiens ont une belle légende pour expliquer cette profusion de perles et de gemmes. Elle raconte le destin d'un Asura, le démon Bala, foudroyé par le dieu Indra et dont le corps donna naissance aux principales sources de gemmes. Des os naquirent les diamants, mais c'est de ses dents que naquirent les perles. Aussitôt emportées dans les airs par des êtres célestes, des gemmes tombèrent.

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