Étymologie du diamant
Carbone cristallisé dans le systême cubique comportant fréquemment des traces d'azote et parfois de bore.
Avec le verbe damazo, dompter, les anciens Grecs ont formé indomptable, d'où dérive adamastos, inflexible, inébranlable, pour qualifier l'état d'âme auquel tout homme se doit d'aspirer. Par extension, ce même terme qualifie aussi le métal le plus dur, avec lequel sont forgées les armes des dieux et les chaînes de Prométhée.
Quant au métal, il est alors évidemment nommé adamas. Au IVe siècle avant notre ère, Alexandre mena les Grecs jusqu'aux bords de l'Indus. Ils en rapportèrent des cristaux de diamant et en gardèrent le symbolisme, qui s'accordait si bien à la conception grecque du héros.
Aussi, Théophraste applique t'il naturellement à cette même matière si dure le terme adamas d'où dérivent les dénominations occidentales (diamante, diamant, diamond) et russe (almaz) ainsi que l'adjectif adamantin, qui caractérise ce qui a rapport au diamant (il n'est pratiquement employé que dans l'expression éclat adamantin).
Histoire et ésotérisme du diamant
Le diamant dans la légende indienne
Vers le XVIIe siècle avant notre ère, les Aryens à peau claire envahirent l'Inde. Ils apportèrent avec eux leur système hiérarchisé en trois castes (prêtres, guerriers et commerçants) et furent à l'origine de l'hindouisme, religion évolutive dont le dieu majeur est alors Indra (armé de foudre, vajra). Ils détruisirent la civilisation de l'Indus et soumirent les Dravidiens à peau sombre, dont ils firent une quatrième caste inférieure, les parias ou sudra. Sans doute ceux ci collectionnaient ils déjà les diamants, ces pierres d'un aspect différent des autres.
Diamant et hindouisme
Reprenant au VIe siècle de notre ère l'ancienne mythologie hindouiste, 2 rois de l'époque (Ratnaparîskâ de Buddhabhatta et le Brihat-samhitâ de Varâhamihira) attribuèrent une grande importance au diamant. Il devient le vajra, arme d'Indra, et, par les six pointes de l'octaèdre, symbolise l'homme véritable résistant aux attaques de toutes parts, à celles des puissances infernales ainsi que célestes.
Symbolique du diamant
Aussi, celui qui porte un diamant sera protégé du feu, des voleurs, de l'eau, des serpents et des mauvais esprits. La dureté du diamant véritable est bien connue (seul le vajra entame le vajra), mais tous les cristaux octaédriques sont néanmoins qualifiés de vajra, traduit peut être abusivement par diamant. Les octaèdres incolores (des diamants au sens propre) sont attribués aux brahmanes, les prêtres. Les rouges (des spinelles) aux kshatriya, les guerriers. Les jaunes (peut être des diamants) aux vaiçya, les marchands. Les noirs enfin (de la magnétite) aux sudra ou parias, les paysans.
Législation du diamant
Dès le IVe siècle avant notre ère, le premier empereur des Indes, Chandragupta Maurya (322-298) fixe avec précision la législation concernant l'exploitation du diamant, ses critères d'évaluation (forme, propreté, densité, laquelle nous indique clairement les espèces minérales concernées en réalité) et les taxes qui le frappaient.
Le diamant durant la période gréco-romaine
Le rôle de Pline
Le symbolisme lié au diamant fut transmis avec cette gemme aux Grecs, puis aux Romains. L'ensemble des connaissances acquises en Orient sur le diamant fut ainsi transcrit au Ier siècle de notre ère par Pline l'Ancien, qui considérait celui-ci comme une pierre de grande valeur.
Diamant et glyptique
Le diamant trouvait également une application en glyptique, art particulièrement à l'honneur aux époques hélléniste et romaine. Les graveurs recherchaient la poudre et les brisures de diamant. Ces diamants industriels étaient même exportés par Rome jusqu'en Chine. Les Chinois, amateurs de jades et aux préoccupations mythiques différentes, ne recevaient pas les beaux cristaux gardés en Inde ou déjà vendus à Rome. Ils tenaient évidemment pour fous ces Romains qui portaient en bague cette pierre utilitaire d'aspect peu esthétique.
Le diamant au Moyen Âge
En renversant les dieux et le symbolisme de l'antiquité classique, le développement du christianisme entraîna l'effondrement de la valeur des beaux cristaux de diamant.
Commerce du diamant
Le flux commercial qui, à travers le Moyen Orient, unissait les pays d'Asie à l'Europe occidentale s'est toutefois maintenu après la chute de l'Empire romain. Aussi, diamant industriel et cristaux de diamant arrivaient régulièrement par l'intermédiaire de la république sérénissime de Venise, dont les chefs se rendirent indépendants de Constantinople dès 1912.
Lors des croisades, Venise était devenue le grand centre d'échanges commerciaux entre l'Europe et l'Orient. Sa succursale pour l'Europe du Nord était Bruges, dénommée pour cette raison la Venise du Nord. Le commerce du diamant se développait le long des chemins menant de Venise à Bruges, et dés le XIIIe siècle des quartiers de diamantaires virent le jour à Paris, Francfort sur le Main, etc...
Les échanges commerciaux s'intensifièrent avec les croisades, et il est probable que les premiers essais européens de facettage du diamant eurent lieu à Venise d'où ils gagnèrent ensuite toute l'Europe et l'Inde.
Taille et facettage du diamant
La prééminence flamante pour la taille au XVIIe siècle est attestée par Robert de Berquen, orfèvre joaillier parisien. Il se prétend l'héritier d'une ancienne lignée de diamantaires et attribue à son aïeul Louis "natif de Bruges" l'invention de la taille et le facettage, en 1476, des 3 diamants célèbres du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire (1443-1447). Il aurait alors reçu 3000 ducats pour ce travail. La légende, sur l'origine de la taille diamant est issue de ce seul témoignage, non confirmé par les archives et d'ailleurs manisfestement erroné.
Ésotérisme du diamant au Moyen Âge
Vertus du diamant
Présentées de façon imagée dans l'Antiquité, les propriétés du diamant étaient alors difficilement vérifiables. Tout d'abord du fait de la rareté de cette gemme, ensuite par son ancien symbolisme devenu étranger à la civilisation du Xe siècle. Ses propriétés seront souvent reprises, amalgamées et poétisées par les auteurs du Moyen Âge parfois friands de merveilleux. C'est ainsi que se fixèrent les nombreuses vertus du diamant.
Souvenir de son assimilation à la magnétite, il se comporte en aimant... et réconcilie les époux. Symbole du héros, il résiste au choc du marteau sur l'enclume..., et cette confusion entre dureté et ténacité fut préjudiciable à maintes pierres. Comme le héros peut être amolli par une vie déréglée, le diamant peut se casser s'il est trempé dans du sang de bouc (symbole du mal).
Pouvoirs magiques attribués au diamant
Des propriétés magiques sont naturellement prêtées au diamant. S'il est de grande qualité, il donne énergie, force, beauté, bonheur et longue vie. Il garde des mauvais esprits et détourne les catastrophes. Au XIIe siècle, sainte Hildegarde de Bingen, dans le livre des pierres, précisait : "le diable déteste cette pierre parce qu'elle résiste à sa puissance."
Particularités médicinales du diamant
Des propriétés médicinales sont aussi attribuées au diamant. Placé dans la bouche, il guérit le menteur. Placé sur la partie malade du corps, il facilite sa guérison. Au début du XXe siècle, les villageois allaient encore en procession emprunter le diamant de la châtelaine du lieu, afin de soulager leurs malades en plaçant la pierre sur l'endroit à guérir. Au XVIe siècle, une médecine à base de poudre de diamant fut prescrite au pape Clément VII (1523-1534). Il mourut néanmoins en avalant la 14e cuillérée de ce médicament dont la facture s'éleva à 40 000 ducats...
C'est à partir de cette époque que le diamant fut considéré comme un poison. La poudre de diamant entrait dans la composition des fameuses poudres de succession de Catherine de Médicis (1519-1589). Il est d'ailleurs possible que cette légende ait été entretenue afin de décourager les voleurs d'avaler des cristaux de diamant pour les cacher.
Le développement de l'industrie diamantaire aux XVI et XVIIe siècles
Ouverte en 1498 par Vasco de Gama, la route maritime directe entre l'Europe et les Indes favorisa peu à peu Lisbonne aux dépend de Venise tandis que s'amorçaient le déclin de Bruges, dont le port fut victime d'un ensablement progressif.
Anvers par contre acquit une position dominante au milieu du XVIe siècle. Mais la lutte victorieuse des Pays Bas du Nord pour leur indépendance et la prise d'Anvers en 1585 par Alexandre Farnèse permirent alors à Amsterdam de s'imposer (même comme fournisseur d'Anvers!) et à Francfort-sur-le-main de se développer.
Hausse de la demande en diamant
La demande en diamants fut stimulée par l'intérêt que lui portèrent les cours royales. Mazarin encouragea les diamantaires français, si bien que l'idée de la taille en double rose lui est parfois attribuée. Les dix huit pierres qu'il légua à la couronne de France, dénommées ultérieurement Mazarins pour cette raison, constituèrent une partie importante de la collection des diamants de la Couronne.
Pour répondre à la demande européenne, les princes indiens entreprirent une exploitation intensive des alluvions diamantifères tant anciennes que récentes. Les déblaits des alluvions anciennes furent repris une fois devenus plus meubles par l'altération atmosphérique. Il semble probable que cette technique d'exploitation soit à l'origine de la croyance sur l'accouplement des diamants (idée résultant de l'observation des macles et croissance parallèle) et de leur naissance en rivière.
Les diamants et leurs cours d'eau
Les cristaux les mieux formés et donc les moins fragiles peuvent être entrainées plus loin et sans dommage appréciable par les cours d'eau. Les meilleures pierres se trouvant ainsi souvent associées aux courants les plus vifs. L'expression diamant de belle eau leur fut naturellement appliquée.
Négociants en diamants
Les négociants européens allèrent se fournir sur place. Particulièrement habile, J.B Tavernier (1608-1689) sut se faire apprécier tant des souverains indiens qui lui montrèrent leurs trésors et leurs mines, que des souverains européens, dont il compléta les collections (bijoux et parures en diamant innombrables).
Louis XIV l'anoblit en 1669. Tavernier lui procura notamment le Diamant bleu de la Couronne, devenu ultérieurement le Hope. Le récit de ses 6 voyages aux Indes contribua à vulgariser une réelle connaissance non seulement du diamant mais aussi de la Perse, de l'Inde et de l'Extrême Orient.
Le diamant et l'aventure brésilienne du XVIIIe siècle
Les convoitises liées aux diamants
A la fin du XVIIe siècle, les prétentions des princes indiens étaient telles que les Néerlandais et les Portugais renoncèrent à importer le diamant et laissèrent faire leurs concurrents anglais, ce qui permit le développement de la place de Londres.
Mais en 1725, Sebastiano Leme Do Prado identifia comme des diamants les jetons dont se servaient pour jouer aux cartes, des orpailleurs du rio do Marinho, dans l'actuel Etat de Minas gerais, au Brésil.
Déclarée propriété de la Couronne Portugaise, gardée militairement, la région où se contruisit la ville de Tujido, actuellement Diamantina, fut activement prospectée par maints aventuriers. D'autres gisements de diamants furent découverts plus tard dans le même Minas Gerais, dans l'etat de bahia et dans l'etat de Mato Grosso.
La liberté contre un diamant
Les esclaves employés aux mines gagnaient leur liberté s'ils apportaient une pierre de diamant brute pesant plus de 17,5 carats anciens. C'est ainsi qu'en 1853, une esclave noire gagna sa liberté et une pension à vie en trouvant, dans un affluent du rio Paranaiba, le premier gros diamant du Brésil (l'etoile du Sud), de 254,5 carats anciens, blanc, très légèrement nuancé de rose. Le propriétaire de l'esclave en reçut 3000 livres d'un acheteur qui en obtint peu après 30 000. Le diamant fut taillé en trois mois à Amsterdam en un ovale (35*29*19mm) de 128,8 carats, puis présenté à l'exposition de 1862 à Londres et à celle de 1867 à Paris, où il fut évalué 3 250 800 francs. Mais le Gackwar de Baroda ne l'acheta alors que 2 000 000 francs.
Fluctuation des diamants bruts

Initialement, les diamants brésiliens étaient suspects, si bien que les Portugais, avant de les mettre en vente à Lisbonne, les transféraient à Goa, pour leur donner la provenance des Indes... Puis l'importance de la production brésilienne supplanta bien vite la production des Indes, dont les mines étaient presque épuisées.
Il s'ensuivit vers 1730-1735 une chute du prix des pierres brutes qui diminua des trois quarts et ne retrouva qu'un siècle plus tard son ancienne valeur. Cela n'affecta pas cependant les diamants taillés dont le prix demeura stable de 1670 à 1830. Malgré la découverte de riches gisements dans l'État de Bahia en 1844, l'exploitation intensive des gisements entraîna, avec leur épuisement, une chute de la production à partir de 1850. Si bien que le prix des pierres taillées, soutenu par une demande accrue de la bourgeoisie d'affaires, tripla de 1830 à 1869.
Le diamant et l'épopée africaine du XIXe siècle
Il est possible que les premiers diamants africains aient été trouvés sur les bords de la rivière Vaal par des autochtones christianisés par des pasteurs berlinois. Le journal de leur établissement à Pniel signale l'achat d'un diamant de 5 carats découvert en 1859 près de Platberg.
Toutefois, c'est seulement en 1866 que l'attention de Schalk Van Nierk, marchand et fermier, collectionneur de pierres bizarres, fut attirée par un caillou avec lequel jouaient les enfants de son locataire. Daniel Jacobs, alors âgé de 15 ans, avait été envoyé avec un berger hottentot, Klondie, tailler un arbre au bord de la rivière Orange pour en faire une canne. Klondie ayant remarqué un caillou brillant le ramassa, le donna à Erasmus, qui l'offrit à sa plus jeune soeur.
Apercevant la pierre sur le bord d'une fenêtre, Van Nierk l'examina, et ses souvenirs livresques lui suggérèrent que c'était peut être un diamant. Il fit un test de rayure sur une vitre (exposée maintenant au musée de Colesberg) et offrit à Mme Jacobs d'acheter ce caillou. Celle ci ne voulant pas faire payer un vulgaire caillou le lui donna pour compléter sa collection.
Deux marchands allemands, Gustave et Martin Lilien feld, et un jeune Anglais James Wykham, confirmèrent Van Niekerk dans son idée, aussi ce dernier demanda à un marchand d'Ivoire, de peaux et de plumes d'autruche, John O' Reilly, de l'apporter au commissaire adjoint de Colesberg.
Celui ci, Lorenzo Boges, montra la pierre au pharmacien, T. B. Kisch qui la prit pour une topaze, mais l'envoya à un minéralogiste amateur fort compétent, le Dr Atherstone, de Grahamstown, qui détermina la densité, fit un test de dureté en inscrivant ses initiales sur une vitre du presbytère catholique, la montra aux bijoutiers de la ville, qui l'éprouvèrent de leurs limes. Alors convaincu qu'il s'agissait d'un diamant de 21 1/4 carats, d'une valeur de 800 livres, il demanda l'autorisation de l'envoyer au secrétaire colonial du Cap, Richard Southey.
[ Suivant ]